ELEMENTS DE REFLEXION SUR L'ESTHETIQUE CONTEMPORAINE.
Je vais parler ici d'esthétique, et pas directement d'art. Mon intention n'est en effet que de proposer un certain nombre d'éléments de réflexion sur l'esthétique contemporaine, ou, de manière plus limitative encore, une interrogation sur les conditions d'un discours réflexif sur l'art aujourd'hui. Je ne peux pas parler d'art, car je ne suis ni historien d'art, ni critique d'art. L'esthétique n'est pas l'art, ni la théorie de l'art, c'est un discours au deuxième degré sur l'art, que l'art peut tenir sur lui-même pour parvenir à la compréhension réflexive de son activité, ou un discours émis de l'extérieur portant sur les formes de l'art, sur les formes de sa réception et plus généralement sur les formes de la sensibilité esthétique, et selon des choix théoriques qui laissent place à une grande diversité (Histoire, psychologie, sociologie, phénoménologie, etc.). Cela dit, l'esthétique est, qu'elle soit comprise comme sphère autonome de l'expérience ou comme discipline philosophique, un phénomène relativement récent, qu'on peut dater du XVIIIe siècle. Du moins est-ce un phénomène qu'on ne peut pas séparer du tournant critique de la pensée moderne qui a lieu à la fin du XVIIIe siècle, c'est-à-dire du moment kantien où la raison humaine découvre sa propre finitude et va puiser dans ses seules ressources critiques, dans la reconnaissance de ses limites, les critères ultimes d'objectivité de la connaissance comme de validation universelle des normes du devoir moral. Et c'est aussi l'autonomisation de la raison critique qui conduit à définir le goût comme une faculté autonome régissant l'expérience esthétique : autonome, c'est-à-dire qui ne trouve que dans la forme de sa réflexion sur soi les critères d'appréciation qui fondent le jugement esthétique. Kant appelle cela « jugement réfléchissant »
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